Le doigt qui fait couler de l’encre

C’est l’histoire d’un doigt qui ne passe pas. 

Un doigt levé trop haut, trop rapidement, trop hâtivement et qui dans sa spontanéité est venu en oublier les bonnes manières. Même si elles lui sont totalement étrangères.  

À claviers raccourcis, la presse supposée représenter un contre-pouvoir n’a eu de cesse pendant une semaine de faire de cette affaire ses choux gras.

L’objet de l’incrimination n’était pas ce doigt en tant que tel, mais plutôt l’homme ou plutôt le personnage qui l’a dressé à la vue de tous les moralisateurs de notre époque.

Une morale forcément à géométrie variable et qui trouve sa racine dans l’incarnation du bien absolu.

Zemmour est depuis sa naissance télévisuelle l’incarnation du mal.

Chaque geste, chaque prise de parole doivent faire l’objet d’une émission, d’un billet, ou d’une chronique pour mieux en retirer l’âme de son corps médiatique.

Si le geste peut être discutable, les commentateurs en oublient l’essentiel.

Comme aime à le répéter Zemmour, nous sommes bien plus le produit de notre génération que le produit de  nos parents.

Le doigt relève d’une coutume d’une autre époque, d’un autre âge. Voire d’une autre civilisation. 

Celle d’une France où il faisait bon vivre et/ou les confrontations physiques pouvaient généralement, mais sûrement se terminer par un doigt d’honneur. 

Une manifestation charnelle visible au travers d’une portière. Ou dans le reflet d’un rétroviseur.

Mais les temps ont changé. Ou plutôt nous avons changé.

Chaque jour, chaque semaine, chaque mois, les faits divers nous témoignent du fait que le doigt d’honneur ne fait plus partie de nos us et coutumes.

Pour un simple malencontreux klaxon, une pluie de coups (si ce n’est pas de couteaux) peuvent s’abattre sur nous. 

Si les dernières générations ont acquis la conviction d’être orphelines d’une France qu’elles n’ont pas connue, rien n’est fait aujourd’hui pour les reconnaitre comme pupilles d’une nation qui n’existe plus. 

Cette fausse histoire médiatique est le révélateur d’une histoire commune bien réelle.

Celle de l’ensauvagement de la France.

Le doigt que l’on reproche est celui d’un homme enraciné dans une civilisation.

Celle de mœurs codifiées ou les gestuels ne sont pas automatiquement le signe d’un appel au meurtre.

Gratifions Zemmour pour ce geste salutaire synonyme d’une époque révolue.

Antoine Laroche